Des bleus à l’âme – Françoise Sagan

Sébastien et Éléonore, frère et sœur, complices inséparables, la quarantaine proche, se retrouvent à Paris. Également beaux et blonds comme il se doit, les voici nonchalamment installés dans un meublé de hasard, parfaitement désargentés et parfaitement disponibles.
Presque aussitôt, se pressent autour d’eux Nora, une Américaine aussi riche que mûre, Bruno, jeune premier du cinéma français, Robert, un célèbre imprésario…

Pour une fois la petite musique prend des tonalités cinglantes, froides et personnelles. Sagan prend parti pour l’un ou l’autre de ses personnages et nous livre ses points de vue sur leur vie et la sienne. Elle nous offre ses sentiments sur les critiques de ses livres, sur ce qu’elle pense elle-même de sa « petite musique », elle nous parle de sa vie et se met en scène comme rarement. Elle utilise le « je » pour justifier ses choix et lui redonne, dans une pirouette finale, son statut romanesque.
Une très grande œuvre.

Qui ne connaît pas Françoise Sagan ? Si vous n’avez jamais lu l’auteur, vous connaissez au moins de nom, Bonjour Tristesse. Ce roman écrit alors qu’elle n’avait que 18 ans et publié en 1954, va connaître la gloire en peu de temps. Ce n’est, cependant, de ce court roman dont je vais vous parler. Je l’ai lu il y a une dizaine d’année et il n’avait pas été à la hauteur de mes espérances. Il faut dire que Françoise Sagan a un style et un discours auxquels on accroche. Ou pas.

Aujourd’hui, j’ai relu Des bleus à l’âme, roman un peu plus confidentiel, publié 18 ans après Bonjour Tristesse, qui m’avait touchée lors de ma première lecture. Comme Le Néant Quotidien de Zoé Valdés et Cent ans de Solitude de Gabriel Garcia Marquez, ce titre fait partie de mes romans cultes.

Dans ce roman, nous retrouvons Eléonore et Sébastien, ces deux beaux blonds aristocrates désargentés, de la pièce de théâtre Château en Suède, publié en 1960.

Je qualifie Des bleus à l’âme de roman mais ce n’est pas vraiment ça. Françoise Sagan nous propose un récit quelque peu hybride et surtout totalement inqualifiable. Nous naviguons sans cesse entre roman et essai, comme si nous avions l’histoire et les réflexions qu’elle s’est faites en écrivant. Forcément, on aime. Ou pas. En tout cas, l’auteur nous propose une autocritique à la fois lucide et cynique. Quant au style, il m’a fait pensé plus d’une fois à celui de JD Salinger, dans L’Attrape-Coeur*. Ils jouent tous deux avec la langue avec une certaine aisance. Cependant, avec Des bleus à l’âme, les lecteurs francophones profitent des jeux d’écriture, sans filtre, en se laissant surprendre par certains termes au détour d’une phrase.

La construction du roman pourra en déstabiliser et en déranger plus d’un. Les digressions et réflexions de Françoise Sagan sur sa vie ou son écriture s’alternent et se mélangent avec l’histoire de Sébastien et d’Eléonore. Nous n’avons pas des chapitres réservés au uns et d’autres chapitres réservés aux autres. Tout se mélange, pour mon plus grand plaisir.

Conseiller ce livre ? Ne pas le conseiller ? Ça ne tiendrait qu’à moi, je vous le mettrais directement dans les mains.

 

*Je ne sais pas ce que ce roman donne en V.O mais la traduction française ne fonctionne carrément pas.

Des Bleus à l’âme, Françoise Sagan

J’ai Lu, 1974

128 pages

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Une réflexion sur “Des bleus à l’âme – Françoise Sagan

  1. Avant de découvrir ton article, ce livre ne figurait pas dans ma wish. Maintenant c’est le cas, car le fait que tu expliques qu’on peut l’aimer ou non, m’intrigue beaucoup. Merci pour cette découverte. ☺️

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