Solak – Caroline Hinault

Sur la presqu’île de Solak, au nord du cercle polaire arctique, trois hommes cohabitent tant bien que mal. Grizzly est un scientifique idéaliste qui effectue des observations climatologiques ; Roq et Piotr sont deux militaires au passé trouble, en charge de la surveillance du territoire et de son drapeau. Une tension s’installe lorsqu’arrive la recrue, un jeune soldat énigmatique, hélitreuillé juste avant l’hiver arctique et sa grande nuit. Sa présence muette, menaçante, exacerbe la violence latente qui existait au sein du groupe. Quand la nuit polaire tombe pour plusieurs mois, il devient évident qu’un drame va se produire. Qui est véritablement la recrue ? De quel côté frappera la tragédie ?
Dans ce premier roman écrit « à l’os », tout entier dans un sentiment de révolte qui en a façonné la langue, Caroline Hinault installe aux confins des territoires de l’imaginaire un huis clos glaçant, dont la tension exprimée à travers le flux de pensée du narrateur innerve les pages jusqu’à son explosion finale.

Quelle surprise ! Ce très court roman vient de me laisser sans voix. Pendant une bonne partie du récit, je me suis demandée où Caroline Hinault allait nous emmener. J’ai, d’ailleurs, beaucoup pensé à certains romans de Franck Bouysse (Glaise et Né d’aucune femme). C’était noir. C’était lourd. C’était maussade. Mais je ne qualifiais pas ce roman de thriller ou de policier malgré un suicide dès les premières pages. L’autrice a helitreuillé ses lecteurs sur une minuscule base militaire et scientifique russe. Quatre hommes doivent se tolérer et vivre en total huis-clos, six mois de l’année. Merci l’hiver arctique. Heureusement, il y a la magie des aurores boréales. L’un de ces hommes est muet et particulièrement peu enclin à s’intégrer et à tenter de communiquer. Il écrit. Mais peu importe, les relations entre tous sont tendus, brutales, bestiales. Mais ils semblent tenir debout parce qu’ils sont ensemble. Caroline Hinault, comme ses personnages, ne s’encombre pas avec les formes et n’y va pas par 36 chemins. Le style est direct, incisif, glaçant. Que dire du dénouement ? On se laisse surprendre par cette fin aussi glauque que dramatique.

Solak, Caroline Hinault

Rouergue (Noir), 2021

128 pages


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