Mille ans après la guerre – Carine Fernandez

Miguel est un vieux solitaire, veuf depuis des années, qui n’apprécie que la compagnie de son chien Ramon. Il vit dans une cité ouvrière de la région de Tolède. Un matin,  il reçoit une lettre de sa sœur Nuria. Elle a perdu son époux et compte venir vivre auprès de lui. Le vieux est pris de panique : sa sœur chez lui, c’en est fini de sa tranquillité, de son bonheur  innocent avec Ramon. Il  faut fuir ! Son chien sur les talons, le vieux prend un autocar en direction de  l’Estrémadure, où il n’était jamais retourné depuis la guerre civile.
Montepalomas, le village de son enfance, est enseveli sous  les eaux d’un barrage. Pourtant du lac les souvenirs remonteront.  Des pans entiers  de sa jeunesse belle et terrible, quand on l’appelait Medianoche (« Minuit ») et que vivait encore son frère jumeau, Mediodia (« Midi »). Un frère assassiné par les Franquistes et dont le visage, mille ans après la guerre, hante toujours Miguel. Mais peut-être est-il temps de se libérer du passé…

Dans un style ample et généreux, Carine Fernandez dessine ce voyage intérieur vers la rédemption, tout en revenant sur les années les plus noires qu’ait connues l’Espagne.

Si vous connaissez Carine Fernandez, vous savez qu’elle a plutôt écrit des œuvres autour du Proche-Orient (La servante abyssine, La Comédie du Caire…). Avec Mille ans après la guerre, l’auteur nous amène dans un pays bien plus proche : l’Espagne où les personnes âgées sont encore marquées par la guerre civile (1936-1939) qui a mis Franco au pouvoir. A travers Miguel, victime de la grande Histoire, naviguant entre l’Espagne d’hier et celle d’aujourd’hui, le lecteur passe de la misère à la fête, de la misère à la vie foisonnante. Malgré tout, des blessures intimes subsistent encore et c’est avec une incroyable maîtrise que la talentueuse Carine Fernandez nous en fait part. Il faut aussi avouer qu’il est rare et souvent déstabilisant de trouver un récit avec un style indirect libre. Ici, ça ne dérange pas, tant ça reste terriblement fluide.

Mille ans après la Guerre tout en justesse, en beauté et en poésie fait partie de ces romans de la Rentrée Littéraire à ne surtout pas louper. Pour une fois, en France, on met en avant une autre résistance que la résistance française.

Mille ans après la guerre, Carine Fernandez

Les Escales, 2017

240 pages

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