Mon père, ma mère et Sheila – Eric Romand

C’est l’album d’une famille, issue d’un milieu populaire, avec ses codes, ses tabous, ses complexes, son ignorance, ses contentieux, dans les années 70 et 80. Le narrateur y raconte son enfance solitaire au milieu des turbulences. Pour son entourage, il a des goûts bizarres, des attitudes gênantes, des manières qui provoquent la colère de son père et la désolation de sa mère. Il dessine des robes et coiffe les poupées de sa sœur. Il fait son possible pour ne pas ajouter au malaise. Pour s’échapper, il colle son oreille à son mange-disque. Regarde les émissions de variétés scintillantes… Et admire une célèbre chanteuse  dont il aime les robes à paillettes, les refrains joyeux. Il voudrait être elle. Il voudrait être ailleurs. Un premier roman tout en sensibilité sur fond de nostalgie douce amère et d’humour salutaire.

Si j’aime les récits autobiographiques, j’ai toujours des difficultés à les chroniquer, surtout que celui-ci ne fait que 112 pages.

Dans un roman pur et dur, on peut aimer ou détester une histoire, l’ambiance et les personnages. Ici, on ne peut pas apprécier ou détester la vie d’Eric Romand. Si sa jeunesse n’a pas été facile, il n’y peut rien. Ce n’est pas lui qui a choisi sa famille, de grandir dans un milieu populaire de la région lyonnaise, sa sexualité, des relations familiales compliquées, les préjugés avec lesquels il a grandi…

J’aurais voulu dire que ce récit était trop court mais cela fait toujours un peu voyeuriste. Vous avez sûrement entendu parler de L’homme qui ment de Marc Lavoine ? J’ai eu l’impression de me retrouver dans le même monde et cela donne un effet plutôt bizarre. Cependant, le style de Eric Romand est moins littéraire, beaucoup plus brut et sec mais cela correspond bien à ce que l’auteur nous raconte et cela nous plonge dans l’ambiance.

En décrivant de façon concise son quotidien, Eric Romand nous conte aussi un quotidien qui n’est plus le notre à l’heure actuelle. Moi qui suis la fille issue de la génération de l’auteur, j’ai souri plus d’une fois, faisant le parallèle entre ses anecdotes et celles de mes parents. J’ai souri de l’apparition du minitel alors que j’ai connu sa déchéance au profit du développement massif de l’informatique, d’internet, des jeux vidéos, de la téléphonie mobile.

Si vous aimez les grandes biographies et autobiographies au style très littéraire, passez votre chemin. Par contre, je conseille à tous ceux qui aiment les témoignages du monde contemporain.

Mon père, ma mère et Sheila

Eric Romand

Stock

2017

112 pages

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