Pas pleurer – Lydie Salvayre

Deux voix entrelacées. Celle, révoltée, de Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les Nationaux avec la bénédiction de l’Église contre « les mauvais pauvres ». Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours enchantés de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, des jours qui comptèrent parmi les plus intenses de sa vie. Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent et qui font apparaître l’art romanesque de Lydie Salvayre dans toute sa force, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, porté par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée.

 

Longtemps, j’ai fui tous les livres ayant reçu un prix, surtout un « grand » prix type Goncourt ou Renaudot. Et j’ai lu Au revoir là-haut de Pierre Lemaître, Goncourt 2013. Si on est loin du coup de cœur, j’avais plutôt apprécié ma lecture. J’ai enchaîné (ou presque) avec Charlotte de David Foenkinos, une lecture qui ne m’avait pas transporté mais qui n’avait pas été désagréable pour autant.
Si j’ai choisi de lire le dernier Prix Goncourt, ce n’est pas seulement pour continuer sur la lancée mais la série des bonnes surprises est finie. J’ai eu du mal à ne pas abandonner ce roman. Et je me suis demandée pourquoi, comment. Pourquoi Pas Pleurer a-t-il obtenu le Goncourt ? Comment un roman obtient-il le Goncourt ? Le Renaudot ? Les grands prix semblent bien obscurs et manquent de transparence.
Alors que l’histoire était prometteuse, j’attends toujours ces « deux voix entrelacées ». En utilisant la troisième personne, je ne comprends pas comment cela pouvait être possible.

 

Après avoir retourné mes ressentis dans tous les sens, il en ressort que c’est vraiment le style qui a failli me pousser à l’abandon. Bordélique, anarchique. Désagréable. Détestable. On passe de quelque chose de basique à un vocabulaire recherché dans la même phrase. Jamais eu besoin de prendre le dictionnaire mais ça ne m’a semblé ni logique ni crédible ni fluide. Honnêtement, quelques gros mots dans un dialogue, ça peut passer mais pas ailleurs. Ce qui m’a le plus marquée dans ma lecture, c’est de lire sur deux pages « fermer sa gueule » et « infâme connivence ». certains passages me transportaient jusqu’à un changement brutal du niveau de langue ou une expression mal placée.

 

Et toutes ces expressions en espagnol… Mais quelle horreur ! J’ai de bonnes bases dans cette langue, ce qui fait que je comprenais facilement mais cela n’empêche pas que cela a bloqué la fluidité de ma lecture. Il n’est pas évident de passer d’une langue à une autre en claquant des doigts. Je plains ceux qui ne parlent pas un mot d’espagnol.

 

De plus, j’avoue, quitte à faire un dialogue, j’aime que ce soit du discours direct. Présenté comme un vrai dialogue. Comme ce qu’on a l’habitude.

 

Plus d’une fois, j’ai buté plus d’une fois contre la ponctuation. Notamment les parenthèses.
Hélas, pour moi, Pas pleurer m’a fait souffrir mais pas dans le bon sens du terme.
Pas pleurer, Lydie Salvayre, Seuil, 2014, 280 pages

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5 réflexions sur “Pas pleurer – Lydie Salvayre

  1. C’est contagieux l’allemand :p

    Blague à part, je pense que ça m’aurait agacée. Je n’ai pas fait espagnol, j’aime bien cette langue, mais je sais pas, je ne lis pas un livre en VF pour me retrouver avec de la VO en plein dedans … je suis mitigée. Donc je pense que je ne le lirai pas (bon c’était pas trop mon but en fait, c’est juste qu’on risque de m’interroger sur les prix littéraires au concours ^^,. Donc, grâce à toi, je vois un peu de quoi il est question ici, merci Elora ^^).

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    1. De rien, de rien ! C’est exactement ce qui m’a dérangé : si je lis un livre en français, ce n’est pas pour avoir des passages dans une autre langue… Surtout que, pour le coup, c’était la surprise du chef !

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